Saint Denis, fille de la marine a voile
Sommaire - Route caravanière du centre Asie
- Fondation de Constantinople
- Les Turco-Mongols
- Les villes commerçantes italiennes
- Henri le Navigateur
- Vents et courants dans la zone Sud de l' océan Indien
- Voie d'accès aux Mascareignes
- Péripéties politiques en France Continentale
- Fondation de Fort Dauphin
- Fondation d' une infirmerie à Bourbon
- Fondation de Saint Denis
- Massacre de Fort Dauphin
- Abandon de Bourbon par la Compagnie
- Bourbon et les forbans
- Scenario des relations avec les forbans
- Prétendue ignorance des directeurs Parisiens
- Découverte d'un café indigène
- Prolongation de privilège, prise de possession de Maurice
- Lancement de la culture du café Moka
- Saint Denis devient chef-lieu
- Rétrocession à la France
- Développement de la rade fraine
- Disparition de la Marine à Voile
- Fin de la route Caravanière
- Arrêt de l' activité maritime et commerciale à Saint Denis
- Courants Marins
- Le cyclone de 1948 détruit le pont de fer de 1874
Découverte par un capitaine portugais:
Voici quelles sont les circonstances atmosphèrique qui ont entraîné d’une part la découverte, au XVI ème Siècle, d’une île déserte, devenue aujourd’hui LA REUNION , par un capitaine portugais ; d’autre part, le choix, trois siècles plus tard, du site de Saint Denis comme centre de l’activité administrative et commerciale. Notre rocher et son volcan étaient certainement connus de longue date par les navigateurs arabes puisqu’ils figurent sur une carte dressée par le géographe arabe et sicilien El Edrissi au XII ème Siècle. Il est probable qu’elle ait été reconnue et fréquentée par des marins malgaches ou africains, mais seule l’archéologie pourra en trouver des traces. Par contre grâce aux recherches de M. Roger Théodora et à la publication récente (2e trim.2006) de son Candide et l’Ancien Puits, nous savons que début 1503 Diego Fernandez Peteira, commandant un des quinze navires faisant partie de la flotte de Tristan da Cunha rencontra en franchissant le Cap par une violente tempête et vit sa caravelle entraînée sans contrôle jusqu’aux environs du point 16° Sud et 60° Est c. à d. dans les basses de l’archipel des Cargados Carajos. C’est en voulant revenir vers l’Ile Saint Laurent (Madagascar) qu’il se retrouva devant ce qui est devenu notre Saint Denis. Mais la houle cyclonique était encore puissante et il fut contraint de longer la cote. Je cite : « La pointe du gouffre dépassée , ils trouvèrent une mer plus calme, plus protégée. Les ruisseaux descendant des collines de Saint Paul, la côte sablonneuse, l’étang et sa collection d’oiseaux furent pour eux un point de chûte inespéré après une si longue route. » 
Le 9 Février était le jour de célébration de la fête de Sainte Apolline, vierge martyre d’Alexandrie et cette terre fut baptisée Santa Apelonya. C’est sous ce vocable qu’elle figure avec son petit îlot sur la carte de Lopo Homem. Ce sont à ces circonstances fortuites que notre île doit son intrusion collatérale dans le courant commercial millénaire qui existait entre les autochtones des rives asiatiques du Pacifique et les Achéens de la Méditerranée Orientale. Route caravanière du centre Asie 
De temps immémorial ce courant commercial a emprunté une route caravanière longue de 11.000 klm traçant ses entrelacs à travers les steppes herbeuses du Centre Asie. Devenant maritime à la Mer Noire elle empruntait les fameux détroits rendus célèbres pendant la guerre 14 par les Dardanelles pour atteindre la mer Egée grecque. Selon Georges Leblond ; ces caravanes, qui approvisionnaient et desservaient le sud de la Sibérie et le nord du sous continent indien, pouvaient atteindre 5.000 chameaux et 7.OOO hommes. Les charges des chameaux de Bactriane étaient de 40 à50 kgs et l’ensemble progressait de 25 à 30 klm par jour. 
Ce trafic était florissant et la fameuse Guerre de Troie, qui selon Thucydide aurait débuté vers 1180 av. J.C avait pour prétexte le rapt, l’enlèvement de la Belle Hélène, mais pour but réel de permettre aux grecs européens vivotant sur une terre chiche de s’approprier les trésors accumulés par leurs compatriotes asiatiques enrichis par les péages prélevés lors du franchissement desdits détroits Rappelons nous l’expédition de Jason et de ses Argonautes allant chercher la Toison d’Or en Colchide. Vers 340 av, J.C. , c’est par cette voie qu’Alexandre le Grand, traversant l’Empire perse après avoir vaincu son Grand Roi Darius atteignit la région où se trouve présentement la mer d’Aral et redescendit en empruntant la vallée de l’Indus vers le Golfe Persique. Il créa ainsi ce qui fut nommé vint deux siècles plus tard Route de la Soie terrestre et Route des Epices maritime A sa mort à l’âge de 33ans, ses généraux se partagèrent l’immense territoire qu’il avait conquis, créèrent les fameux royaumes grecs et hellénisèrent l’Asie orientale, le Moyen Orient et l’Egypte pour des siècles, puisqu’on attribue la fin de cette période à l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie en 340 ap. J.C. Fondation de Constantinople 
C’est à ce moment que Constantin prit la décision d’édifier sur l’emplacement de l’ancienne Byzance, mais toujours sur les détroits la capitale de ce qui devait devenir l’Empire Romain d’Orient et à laquelle il laissa son nom Constantinople, rivale et successeur de Rome :Constantinople, grâce à ses murailles survecut pendant presqu ‘un millénaire aux attaques de ses ennemis et ne succombera qu’en 1453 sous les coups de Mehmet II Les Turco-Mongols
Les grands organisateurs de cette activité caravanière ont été les Turcs, ceux qui ont laissé leur nom au Turkestan russe ou chinois. Originaires de Sibérie, de la région du Haut Ienissei vers le 2ème S. av. J.C. ils ont migré vers la Mongolie et ont abandonné l’élevage du renne pour celui des chevaux et sont devenus des archers hors pair. Ils ont également mis au point une technique d’attaque qui terrorisait les populations Ils ne faisaient pas de prisonniers . Nomades ils vivaient sous de grandes yourtes rondes ou carrées et se déplaçaient avec leurs familles dans des chariots et avec leurs troupeaux : ils ne redoutaient donc pas les représailles. Les caravaniers servaient d’agents de renseignements et au moment opportun un chef rassemblait les cavaliers par groupes de dix et attaquaient les cibles choisies. Un moment stabilisés en Chine ils reprirent ensuite leur marche vers l’ouest. Citons Attila, roi des Huns, qui assiégea Lutèce défendue par Sainte Geneviève. Défait aux Champs Catalauniques il descendit vers l’Italie du Nord et moyennant tribut versé par le Pape il se retira à l’embouchure du Danube, où il mourut Après l’expansion musulmane vers l’Asie, au 8éme S., ces Turcs servirent d’abord les califes comme mercenaires, mais progressivement ils devinrent les véritables maitres . Le plus célèbre fut Gengis Khan , dont le petit fils Kubilaî Khan fonda la dynastie des Yuan et qui eut à sa cour Marco Polo le célèbre vénitien. Les Seljoukides occupèrent une place prépondérante à Bagdad, Damas, au Caire. La Horde d’Or occupa le Caucase jusqu’à son éviction par Ivan III ;qui régna de 1462 à 1505. Cette élimination des Tartares permit trente ans plus tard à Ivan IV , premier Tsar de Russie, de franchir l’Oural et d’entamer la conquète de la Sibérie. Les villes commerçantes italiennes
Mais depuis le Moyen Age, les villes italiennes Venise, Gènes, Pise, Sienne, Florence entretenaient un commerce prospère avec leurs postes de la Mer Noire par l’intermédiaire de Constantinople. Jacques Coeur de Bourges, vers 1450 , avait développé un trafic fructueux avec le Levant.
C’est pourquoi, après que Louis XI eut mis fin à la guerre de Cent Ans avec l’Angleterre , ses successeurs Louis XII et François 1er entreprirent leurs expéditions guerrières dans l’Italie du Nord (Marignan1515) Henri le Navigateur 
Vous me direz que nous sommes bien loin de cette Santa Apelonya qui a été reconnue par Peteira douze ans plus tôt : Je vais donc vous parler de Henri le Navigateur. 
Henri le Navigateur
Dans toutes les grandes entreprises, il y a toujours un concours de circonstances et un homme qui sert en quelque sorte de « condensateur » Le développement de l’Empire Ottoman ( de Osman fondateur de la dynastie, d’origine Seljoukide) en restreignant les limites de l’Empire Romain d’Orient mettait un frein progressif au trafic commercial dont je viens de vous parler En 1420, l’Infant Enrique, roi du Portugal,transforma une simple ferme du promontoire de Sagres en une sorte de Cité de la Science Maritime où il réussit à concentrer les meilleurs spécialistes de son temps, quelle que soit leur spécialité : mathématiciens, géographes , cartographes, capitaines, pilotes, charpentiers , voiliers, calfats etc et c’est ainsi que fut mise au point la caravelle, navire capable de remonter au vent en tirant des bords. Surnommé Henri le Navigateur, Grand Maitre de l’Ordre du Christ,l’Infant Enrique mourut en 1460 et ne vit pas l’accomplissement de son rève, mais le mouvement était lancé et le siècle s’acheva par un bouquet de conquètes 
En 1487,le portugais Bartholomeu Diaz atteint le Cap Tormentoso n’ose le franchir, mais revient à Lisbonne en annonçant qu’il avait atteint la limite australe du continent africain. En 1492, c’est Christophe Colomb, qui était génois mais qui s’était fait patronner par Isabelle la Catholique, reine d’Espagne, qui atteint les Antilles et découvre le continent qu’on appelle depuis l’Amérique. Lui-même, faisant abstraction de l’Océan Pacifique, pense avoir atteint la partie orientale de l’Asie. En 1493, le Pape Alexandre VI , qui est encore le chef de toute la Chrétienté, puisque la Réforme n’a pas encore commencé (Martin Luther ne sera excommunié qu’en 1520), le Pape par la bulle Unigenitus partage le Nouveau Monde à découvrir en deux parties séparées par une ligne passant d’abord à cent lieues marines des Iles du Cap Vert Les terres situées à l’est appartiendront aux Portugais ; celles se trouvant à l’ouest aux Espagnols. ;le traité de Tordesillas , négocié par ces protagonistes en 1494 portera cette limite à 350 lieues marines et c’est pourquoi le Brésil, dont la découverte par Cabral avait été tenue secrète, sera le seul pays d’Amérique du Sud colonisé par les Portugais. Ceux-ci repartent vers le Sud et en 1498 Vasco de Gama franchit le Cap rebaptisé de Bonne Espérances, atteint le Mozambique. Là il apprend des pilotes arabes qui fréquentaient ces rivages l’existence du phénomène de la mousson, remonte le canal de Mozambique et arrive en Inde , à Calicut, où il est fraîchement accueilli. Il parvient néanmoins à acheter une cargaison d’épices et rentre à Lisbonne. 
En 1500, Cabral prend officiellement possession du Brésil et en 1513 Ponce de Léon franchit l’isthme de Panama et découvre l’Océan Pacifique Les Espagnols, après le Pérou et le Chili, vont coloniser les Philippines (en l’honneur de Philippe II , fils de Charles Quint et roi d’Espagne). Magellan qui a réussi à passer de l’Atlantique au Pacifique en utilisant le détroit qui porte encore son nom, y sera tué en 1520 ; Vents et courants dans la zone Sud de l' océan Indien
Les Portugais ne sont pas restés inactifs et après avoir atteint le Japon reviennent vers la Mer Rouge et en occupant Ormuz en 1515 tiennent tous les points stratégiques de l’Océan Indien. Peteira , on l’a dit, avait en 1503 , reconnu et baptisé notre île Santa Apelonya La mousson, que nous venons d’évoquer ( de l’arabe mansim ) est le nom donné à des vents qui soufflent dans l’Asie du Sud Est, alternativement vers la terre et la mer, pendant plusieurs mois. Il était utilisé par les navigateurs arabes pour aller en Inde et en revenir. Par contre la dérive aventureuse de Peteira, qui en partant du Cap l’amena jusqu’aux Cargados Carajos, d’où il revint vers Saint Denis est la démonstration exacerbée des vents et des courants du Sud de l’Océan Indien Dans la zone des quarantièmes rugissants ou des cinquantièmes hurlants , l’anticyclone austral impulse des vents et des courants qui poussent vers l’Est .En remontant en latitude vers le Nord, on rencontre les vents alizés, qui nous sont familiers et qui soufflent tantôt du Nord Est et tantôt du Sud Est Quant au vent d’Ouest, le »vent de Saint Paul », comme on disait dans ma jeunesse il est très rare mais il existe et les avions sont obligés d’en tenir compte puisqu’ils atterrissent « contre le vent ». Pour nous qui demeurerions à proximité de la Montagne ce courant provoquait une sensation de manque d’air, d’étouffement. Pour aller en Inde, après avoir franchi le Cap, les premiers navigateurs portugais utilisaient la voie directe ; Mozambique, Comores dont Anjouan célèbre pour sa rade, Les Seychelles et après avoir franchi l’Equateur retrouvaient la mousson. Voie d' accès aux Mascareignes 
Peteira découvrit en quelque sorte la voie d’accès à ce qui deviendra l’Archipel des Mascareignes : Après le Cap, on se sert des vents et des courants de quarantièmes et lorsqu’on a suffisamment avancé en longitude on monte plus ou moins vers le Nord avant de revenir vers les Iles Sœurs. En toute hypothèse,en venant d’Europe ou d’Inde, Maurice précède Bourbon et dans le tandem c’est cette circonstance qui a donné la prééminence à notre « Sœur » de 1721, date de son annexion , à 1815 , date de notre rétrocession à la France. 
A partir de la deuxième partie du 17ème Siècle, les navigateurs identifiaient l’île par son volcan, s’en approchaient dans la région de Saint Benoit- Saint André : le phare de Sainte Suzanne indiquait le présence de deux écueils : la Marianne et le Cousin , que les navires devaient éviter pour ne pas se mettre au plein. En longeant ainsi la côte, le premier abri naturel était le « barachois », cette petite anse qui se trouvait abritée par la pointe Déjardin, qui supporte la piscine actuelle. La rade, en face de la rue Lucien Gasparin permettait de se ravitailler en eau, en bois et en viande, sans compter le »bon air » qui requinquait les équipages La rade de Saint Paul était incontestablement meilleure : probablement renseignés par les premiers « exilés » et n’ayant pas les mêmes raisons que ceux-ci de guetter un navire salvateur, en 1654 Thaureau et ses compagnons s’installèrent naturellement à proximité de l’étang poissonneux alimenté par des eaux de source : le plan d’eau n’était pas encombré, le littoral sablonneux vierge de toute végétation et de leurs contreforts ils bénéficiaient d’une vue imprenable sur l’ensemble de la rade, fermée à gauche par la falaise de la caverne. C’est en face de ce site et en raison de la faible distance à parcourir sur les « sables brûlants » que mouillaient les navires de passage.
Péripéties politiques en France Continentale
Vous n’avez pas manqué de remarquer qu’entre 1504 et 1654 un siècle et demi s’était écoulé et que notre terre est restée dédaignée par tous : portugais, hollandais, anglais etc En 1663, Payen et ses acolytes mirent leurs pas dans les trâces de leurs devanciers et utilisèrent leurs misérables pénates. Moins de deux ans plus tard ils étaient rejoints par les colons venus de France sous les ordres de Regnault et tous s’installèrent aux abords de l’Etang 
Nous avions plus haut laissé François 1er, en 1515, combattre vaillamment contre les Suisses à Marignan et 150 ans plus tard la Compagnie des Indes, nouvellement créée par Colbert installe un poste à Mascarin. Que s’est-il passé entre temps ? C’est au nom de François 1er que Jacques Cartier prit possession du Canada en 1535 et explora le Saint Laurent et que l’italien Verrazano reconnut le région de New York dès 1524 ; . Henri IV pensa reprendre les expéditions coloniales mais Sully le ramena à la « poule au pot » hebdomadaire qu’il avait promise à ses paysans et le roi mourut assassiné en 1610. 
Il fallut donc attendre Richelieu et le siège vainqueur de La Rochelle en 1627-28 pour que puissent être autorisées l’installation de regnicoles aux Antilles en 1635 et dans l’Ile Saint Laurent ( Madagascar) en 1642 , l’année même de la mort du Ministre. Fondation de Fort Dauphin 
Et c’est ainsi qu’en 1643 de Pronis fonda dans le sud de la cote Est le l’Ile Rouge la colonie de peuplement de Fort Dauphin, le dauphin étant alors le futur Louis XIV Les colons se heurtèrent à des conditions très dures : une révolte éclata en 1646 et de Pronis se retrouva aux fers. Il fut délivré peu après par l’arrivée d’un navire français et en représailles il chargea le Capitaine Kercadiou de déposer dans l’île déserte de Mascarin douze mutins, les premiers français qui ont laissé ce nom à la caverne de Saint Paul. A Fort Dauphin, les troubles continuèrent et de Pronis fut remplacé par de Flacourt, qui décida de faire prendre des nouvelles des exilés et/ou de ce qu’il en restait et le 7 Septembre 1649 on vit débarquer douze gaillards en excellente santé qui ne tarissaient pas d’éloges sur leur terre d’accueil. Ces premiers français avaient donc été déposés à Saint Paul, qui avait déjà acquis sa réputation de « baie du meilleur ancrage », mais ils se rendirent bientôt compte, après avoir fait le tour de l’île qu’ils avaient beaucoup plus de chances de se faire reprendre par un navire de passage, s’ils se trouvaient au nord-est : Ils s’établirent donc sur les bords de la rivière Saint Jean, au lieudit Quartier Français et ils plantèrent un mât dans l’embouchure de la rivière éponyme pour signaler leur présence. C’est sur leurs indications que de Flacourt aurait établi ou complété la première carte de Bourbon, ainsi rebaptisée par lui en raison « de sa bonté » (égale à celle de la dynastie régnante). 

Ces éloges eurent diverses conséquences : A Fort Dauphin, elles motivèrent la décision d’abord du groupe Thaureau, puis de celui de Payen de tenter l’aventure. Dans l’esprit de Flacourt germa l’idée de créer à Bourbon une « infirmerie » pour remettre en forme équipages et colons qui arrivaient dans un état lamentable. En effet en fin de parcours, le mélange de biscuit rassis avec de la viande avariée, le tout arrosé d’eau croupie déclenchait scorbut, dysenteries et autres joyeusetés A Goa les Portugais avaient construit un hôpital, dirigé par un père Jésuite et il n’était pas rare, lors de l’arrivée de la flotte du Portugal , de voir débarquer trois cents à cinq cents grands malades et les contagieux étaient isolés. Du côté Hollandais, cinq mille Européens et indigènes furent envoyés à Batavia en 1730 : trois cents moururent à bord des navires et deux mille à Batavia même au cours de l’année ; deux mille se rembarquèrent. De Flacourt défendit son idée à son retour en Europe et il réussit à convaincre ses associés, mais reprenant la mer, sa route croisa celle d’un forban, qui coula son navire et lui avec.. Fondation d' une infirmerie à Bourbon 
Mais le projet ne sombra pas puisqu’il fut repris par Colbert à la création de la Compagnie de Indes Orientales. Telle est l’origine de ces Vingt « infirmiers » qui le 9 Juillet 1665, descendirent de la flûte Le Taureau à Saint Paul et se mirent sous l’autorité du parisien Etienne Regnault pour requinquer les deux cents passagers de la flotte de de Beausse qui se gavèrent de viande fraiche, d’eau pure et de bon air et qui reprirent la route de Madagascar en excellente forme. En 1666, le passage de la flotte du Marquis de Montdevergue donna lieu au déroulement du même scénario Cette mission sanitaire explique qu’une compagnie commerciale ait créé un poste dans un pays où il n’y avait ni clients ni marchandises, pays qui avait été dédaigné aussi bien par les Portugais des origines que par les Hollandais et les Anglais qui les avait suivis un siècle plus tard. 
Fondation de Saint Denis A son arrivée, Regnault s’installa donc à Saint Paul dans la cahute que Payen avait dû hériter de Thaureau vers le « moulin à eau »Les lieux ont beaucoup changé : il n’y avait pas de filaos puisqu’ils n’ont été acclimatés qu’en 1765 et on ne pouvait même pas circuler sur les « sables brulants ». L’étang était dégagé et regorgeait de poissons et d’oiseaux de toutes sortes ( y compris le solitaire) .On débarquait en face de la Caverne et on gagnait par le Tour des Roches l’actuel lieudit Laperrière. De cet endroit protégé et un peu surélevé on voyait tout ce qui se passait en rade. Cependant les navires à court d’eau, de bois ou de viande continuaient à aborder l’île par le Nord Est et à s’arrêter en rade de Saint Denis : leur avitaillement réalisé, ils reprenaient leur route sans éprouver le besoin d’aller s’encalminer à Saint Paul Or , en cette fin du XVIIème Siècle les navires de passage étaient le seul moyen d’avoie des nouvelles de ce qui pouvait se passer dans les reste du monde. C’est pourquoi, dès 1667, Regnault persuada quelques colons d’aller s’installer tant sur le site de Saint Denis quà Sainte Suzanne, lieudit La Marine, comme guetteurs. Et en 1669 , il s’établit lui-même là où siège encore notre Préfet de Région Massacre de Fort Dauphin  Si Bourbon n’était qu’ »un poste avancé », « une infirmerie », Fort Dauphin avait été fondé pour être une colonie de peuplement et les différentes compagnies commerciales qui s’étaient succédées de 1643 à 1674 .y avaient fait passer environ 4.000 colons
L’atmosphère entre Tanosy et Français était très tendue et l’arrivée en rade de la Dunkerquoise et de son contingent de filles à marier à Bourbon provoqua une série de malheurs Le Capitaine Beauregard avait reçu instructions de se rendre en droiture à Bourbon, mais ayant embarqué à titre personnel une cargaison d’eau de vie il estima qu’elle serait plus facilement écoulée à Fort Dauphin, qui avait trente ans d’age, qu’à Mascarin où l’attendaient une trentaine de pauvres hères. Il enfreignit donc les ordres et fit escale à Madagascar. La rade de Fort Dauphin était très ouverte (ce n’est qu’en ce moment qu’on est en train d’aménager un véritable port) et à peine arrivé son navire fut jeté à la cote par un coup de vent La vue de femmes blanches en provenance de Paris (Orphelinat de la Salpétrière) excita la convoitise de certains français conscients de leur antériorité. Cette convoitise suscita la jalousie des femmes Tanosy qu’ils avaient prises pour épouses et l’ire de leurs pères ou frères. D’où une révolte qui dégénéra en massacre. Des 127 colons subsistants, une soixantaine purent se réfugier à bord du Blampignon, qui par bonheur pour eux venait de mouiller et qui leva l’ancre pour le Mozambique. Abandon de Bourbon par la Compagnie
Avec la disparition de la colonie de Fort Dauphin, qui fut annoncée à Versailles par Jacob Blanquet de la Haye, de retour d’une expédition malheureuse dans les Indes, Bourbon perdait toute raison d’exister. C’est ce qui explique que le fort, dont la construction avait été prévue par ledit Amiral, est resté à l’état de pierre gravée scellée dans le vestibule de la Préfecture . Colbert, accaparé par les soucis de la guerre, n’avait pas de plan de rechange. D’autant plus que François Martin avait pris pied à Pondichery, Louis Caron à Surate, où venait de le rejoindre Etienne Regnault. Les Directeurs en voulaient probablement aux Bourbonnais, dont les velléités matrimoniales avaient , involontairement, mais réellement, ruiné trente années d’efforts financiers Bourbon fut donc abandonnée à son sort. La pétition des habitants de 1678 ne reçut aucune réponse. Colbert mourut en 1683 ; Louis XIV épousa la Marquise de Maintenon en 1684 et révoqua l’Edit de Nantes en 1685 ;. A Saint Paul, le Père Bernardin s’occupait paternellement de ses ouailles, privés de gouverneur, puisque d’Orgeret et de Florimont morts n’avaient pas été remplacés, mais augmentées de ce l’on appellera les « débris » de Fort Dauphin, arrivés en 1676 en provenance de Pondichery Bourbon et les forbans  C‘est vers 1685 que chassés de Caraîbes, les forbans s’établirent à Madagascar :Diego Suarez où ils fondèrent la République de Libertalia, dans la Baie d’Antongil ou à l’Ile Sainte Marie. Officiellement les flibustiers ou forbans étaient des « ennemis du genre humain » et les relations avec eux étaient punies de la peine de mort. A Bourbon elles perdurèrent de 1685 à 1725 environ, date de la reddition de la plupart d’entre eux. ; Grâce au Journal tenu par le gouverneur de Villers, qui était en fonctions au début du XVII ème Siècle, Albert Lougnon, dont je salue la mémoire, a pu reconstituer le scénario de ces relations proscrites qui avaient pour cadre Saint Paul. Scenario des relations avec les Forbans
A l’arrivée du navire vers la Caverne ( était à la fois la plus petite distance à parcourir sur le sable avant d’atteindre la falaise protectrice et aussi le point le plus éloigné des habitations) le Quartier Maître emprunte la chaloupe et débarque. Le gouverneur ne se montre pas, mais envoie aux nouvelles ; Le visiteur déclare qu’il n’a plus ni eau, ni bois, ni provisions de bouche, qu’il est prêt à ;payer l’avitaillement et qu’il ne prendra rien de force L’émissaire va rendre compte au Gouverneur, qui fait répondre que les ordres sont formels et qu’il n’attende rien de ce lieu pas même une goutte d’eau. Et il essaie de rassembler ses miliciens pour les exhorter à casser la tête aux intrus. Mais les habitants, qui ne sont pas enthousiasmés par ce genre d’exercices, viennent , curé en tête, remettre une pétition faisant valoir qu’ils sont tous « vieux et caducs » qu’ils ont femme et « enfants, que les jeunes ne sont pas instruits en science des combats. Le gouverneur range la pétition, qui lui servira éventuellement de pièce justificative et pose les conditions : les forbans ne devront débarquer que quatre à la fois etc etc Mais bientôt c’est la grande liesse : on verse le frangourin, les piles de piastres s’élèvent verticalement et plus tard on se quitte bons amis Il est probable que la révolte de 1690 contre les prétentions de Vauboulon pour accorder par écrit des concessions aux premiers occupants allaient bien au-delà des quelques livres de blé ou chapons stipulés dans les contrats Ce qui est certain c’est qu’en 1707 , les responsables et principaux habitants de Bourbon étaient en mesure de prêter à Pondichery 93.600 livres de faire faire aux deux traversiers que ce comptoir leur avait envoyés chargés de marchandises d’excellentes affaires commerciales. Prétendue ignorance des directeurs Parisiens
Ces relations prohibées étaient connues de tous, y compris des Directeurs parisiens, qui en 1696 avaient envoyé spécialement un navire le Marchand des Indes avec toutes sortes d’articles, pour éponger l’argent disponible. Les choses changèrent avec l’arrivée des Lazaristes fin 1715 ; ces missionnaires estimèrent que non seulement les auteurs des vols, mais aussi ceux qui en avaient profité, devaient pour être pardonnés devant Dieu restituer les biens mal acquis. Telle est l’origine du Trésor de la paroisse de Saint Paul, qui, en 1723, fut réquisitionné par le gouverneur Desforges Boucher pour faire face aux dépenses occasionnées par le réarmement des navires de la nouvelle Compagnie, celle de Law. Les statuts de la Compagnie de 1664 interdisait le trafic des esclaves et ce sont les forbans qui en introduisirent les premiers. L e Code Noir élaboré pour les Antilles et promulgué en 1685 , ne sera rendu applicable à Bourbon qu’en 1723 Découverte d’un café indigène  L e privilège de la Compagnie , accordé pour 50 ans, expirait en 1714 ; Dès 1704, Foucherolle , un des Directeurs, avait demandé à Feuilley, un pilote qu’il avait fait passer à ses frais à Bourbon, de lui faire un rapport sur les capacités agricoles et nautiques de l’île. Parallèlement Antoine Boucher, avait sur sa demande rédigé le fameux Mémoire pour servir à la connaissance des habitants Ce mémoire dénombrait 109 familles établies 61 à Saint Paul, 39 à Saint Denis et 19 à Sainte Suzanne. Saint Paul était incontestablement le principal quartier. 
A partir de 1706, la Compagnie moribonde ne possédait plus de navires en propre, mais louait son privilège à des armateurs malouins et ceux-ci firent une première expédition à Moka en 1707 ; Chargé d’évaluer les comptoirs qu’elle possédait dans l’Océan Indien, Louis Boyvin d’Hardancourt, Secrétaire Général de ladite Compagnie, prit place en 1710 sur le navire malouin L' Auguste et se rendit à Pondichery et au Bengale et il s’intéressa particulièrement à la culture du café. Au retour il séjourna à Bourbon du 20 Avril au3 Septembre 1711 et il s’informa de tout. Et c’est en revenant d’une excursion organisée par Jacques Auber dans les hauts de Saint Paul qu’un des serviteurs qui les avait accompagnés, retira des poches de son vêtement des grains qu’Hardancourt identifia immédiatement comme étant des cerises de café. On retourna immédiatement sur les lieux et on retrouva les arbustes qui étaient en production. Hardancourt fit ramasser les cerises qui étaient déjà tombé sur le sol et cueillir les baies mûres. Il préleva aussi quelques rameaux pour identification. Il en fit confectionner deux ballots qu’il rapporta à Paris, où il put aussi annoncer que les Hollandais venaient d’évacuer l’Ile Maurice et que cette terre était libre de toute occupation 
Les habitants de Bourbon, tout au moins ceux qui n’étaient pas nés sur place, venaient d’Europe directement ou de Fort Dauphin, n’avaient jamais eu l’occasion de voir un plant de caféier et ne pouvaient par conséquent les identifier. Du reste, sur le moment , la nouvelle fut accueillie avec le plus grand scepticisme et dans l’indifférence générale. Prolongation du privilège, prise de possession de Maurice et introduction du café de Moka
A Paris on se trouvait en fin de règne (Louis XIV mourra en 1715) et le Ministre de la Marine Pontchartrain, après une année d’hésitation décida : de proroger le privilège de la Compagnie pour dix ans et d’ordonner au capitaine de l’Auguste qui se trouvait à Saint Malo en partance pour Moka de charger dans ce comptoir 60 plants de caféier et de les transporter à Bourbon où il devait les remettre au Gouverneur. Sur ce trajet, il devait faire escale à Maurice, s’assurer que l’île avait bien été évacuée et en prendre au nom du Roi de France Parvenu à Moka, le capitaine de l’Auguste trouva le Chasseur, autre navire malouin, qui terminait son chargement et allait relever pour Bourbon Il transmit donc les instructions à Dufresne d’Arsel, capitaine dudit Chasseur et c’est ce dernier qui se chargea des différentes missions A la vue des vingt plants survivants, tous les doutes furent levés et Parat estima qu’une nouvelle d’une telle importance exigeait qu’il aille en rendre compte lui-même à Paris et il se fit accompagner du jeune Dalleau On se trouvait sous la Régence, puisque Louis XV était encore mineur et le financier Law créa une nouvelle Compagnie des Indes, au capital de 120 millions, qui absorba l’ancienne et se vit attribuer non seulement le privilège d’introduction des cafés mais aussi la ferme des tabacs Lancement de la culture du café de Moka
Précisons que c’est grâce aux soins des frères Martin, dionysiens, qu’un seul des ces plants réussit à s’acclimater et que cet arbuste fructifia en 1718,et en 1719 ;2693 semences purent être alors distribuées à 123 habitants. En bref, le premier envoi de 23.800 livres sera effectué en 1726, mais dès 1727 l’exportation dépassera 100.000 livres .Entre temps la récolte et la culture du café indigène qu’on avait cru pouvoir lancer parallèlement avait du être abandonnés :transplantés sur le littoral les arbustes ne fructifiaient pas En 1727, Pierre Benoit Dumas remplacera Desforges-Boucher, mort le 1er Décembre 1725, et ordonner la construction du grand magasin qui deviendra l’actuelle Préfecture de Région Saint Denis devient chef lieu 
Ce bâtiment ne sera achevé que sous La Bourdonnais qui y concentra toute la production de café et construira en face le fameux « pont volant » qui permettait de charger les chaloupes au delà du ressac Cet ouvrage hardi, dont le malouin était très fier et dont la construction fut laborieuse a été placé là parce que Saint Denis bénéficie de ce que l’on appelait le »vent de terre », ce courant d’air froid qui chaque matin descend des sommets, notamment par la gorge de la rivière Saint Denis, et permettait aux navires de mettre à la voile dés le chargement terminé et de retrouver au large les alizés. Ce « vent de terre » n’existe pas dans l’Ouest et les vaisseaux restaient souvent encalminés dans la « Baie du Meilleur Ancrage ». C’est grâce à cette particularité aérologique que Saint Denis a acquis sa prééminence maritime, commerciale et administrative. 
Pendant la Révolution et l’Empire, c’est de nouveau Saint Paul qui retrouvera son heure de gloire en devenant la baie de repli des Corsaires dont la base principale était au Port Louis de l’Ile de France En 1804, notre premier sous préfet Chanvallon constate, dans son rapport, que l’Ile Bonaparte ne dispose ni de négociants ni de port et qu’elle est sous la dépendance étroite de ceux de Maurice. Rétrocession à la France En 1815, l’île est à peine rétrocédée par les Anglais à la France, que les premières quinze tonnes de sucre produites et exportées par Charles Desbassyns seront embarquées grâce au Pont du Gouvernement qui a remplacé le « pont volant » détruit par un cyclone. Et dès le 27 Novembre 1819, le Baron Milius, à la tombée de la nuit entre un tir de fusées et une bordée de canon, posa la première pierre d’une jetée qui porta son nom et qui devait délimiter le Barachois, anse naturelle qui devait être agrandie et creusée pour permettre le déchargement des gros caboteurs. Car la culture de la canne et la fabrication du sucre exigeaient des infrastructures beaucoup plus importantes que les voies cavalières qui suffisaient jusqu’alors pour le café et les épices. Le commerce se développe et le négoce se crée : une Caisse d’Escompte et de Prêts est fondée en 1821 et les magasins du bas de l’Avenue de la Victoire sont édifiés : le service des douanes a déjà pris possession de l’ancien local de la Compagnie des Indes Développement de la rade fraine
Encore quelques années et le Pont du Gouvernement sera réservé aux seuls passagers ; le trafic des marchandises sera assuré par des wharfs de commerce qui seront construits sur le littoral à proximité de l’embouchure de la rivière :Saint Denis : pont Cremazy en 1833, pont Protet en 1840, pont Emile en 1850, pont Manes en fer en 1854 et enfin pont Moreau en 1861 Quant au Pont du Barachois, le fameux pont, l’unique de notre enfance, puisque les autres avaient été détruits par le cyclone de 1904 , il mesurait 75mètres et avait été construit en fer en 1874 ; Une solide chaine de fer fixée à son extrémité l’ancrait à la rive et l’aidait à resister à la houle. Il se trouvait en face de la statue actuelle de Roland Garros. On y accédait par une passerelle dominant le chenal d’accès à la darse. Si Sarda Garriga emprunta à son arrivée le Pont du Gouvernement, le Gouverneur Léon Truitard, en 1937, prit pied sur le Pont du Barachois Le creusement du Canal de Suez, qui sera inauguré par l’Impératrice Eugénie en 1869 , donna l’idée de creuser un port à l’intérieur de la pointe alluvionnaire et sableuse de la Pointe des Galets , et dès 1870 l’ingénieur Morlière est envoyé en mission pour une étude qui déboucha sur la nécessité, pour rentabiliser des investissements très importants de concentrer tout le trafic. Or, à ce moment, le mouvement commercial était assuré le long des cotes par des caboteurs et, en provenance et/ou à destination de l’extérieur par les trois rades dotées de services douaniers : Saint Pierre, Saint Paul et Saint Denis, cette dernière s’adjugeant la moitié de l’ensemble. L’étude de Morlière déboucha sur un projet pris en charge par les sieurs Lavalley, ingénieur en chef du Canal de Suez et Pallu de la Barrière, financier, projet de port à la Pointe et de chemin de fer allant de Saint Benoit à Saint Louis , puis Saint Pierre. La mise en service du chemin de fer fut autorisée par arrêté du 5 Juillet 1882 et le port commença à fonctionner partiellement en 1886. Disparition de la Marine à Voiles  L’utilisation de la vapeur pour la propulsion des navires est une idée de Fulton qui réalisa un premier vapeur navigant sur la Tamise en 1800. Le principe de l’hélice est connu depuis Archimède, mais c’est le suédois Ericsson qui en 1836 l’utilisa pour propulser un navire remontant la même Tamise. En fait c’est la découverte d’un procédé simple pour la transformation de la fonte en acier(convertisseur Thomas en 1877 ou four Martin en1865) qui permit la fabrication de chaudières à haute pression qui couplées à des turbines assurèrent la propulsion de navires de plus en plus grands au tirant d’eau de plus en plus profond. C’est ce qui explique que le port de Saint Pierre, inauguré le 23 Octobre 1883 avec une profondeur de 5 mètres n’était pas accessible aux vapeurs qui commençaient à fréquenter nos parages. Par contre le nouveau port des Galets avec ses huit mètres de tirant d’eau leur convenait parfaitement
Fin de la route caravanière Permettez moi d’ouvrir une parenthèse pour revenir à la route caravanière évoquée plus haut. Dès le début du 16ème Siècle, les entrepôts de Lisbonne avaient remplacé ceux de Venise et ces rouliers des mers qu’étaient les Hollandais venaient s’y approvisionner pour alimenter toute l’Europe. Mais ils n’étaient pas les seuls clients : Allemands, Suisses,Anglais, quelques Français mais aussi négociants Juifs, Chinois, Hindous, Malais, Persans rendaient la ville très cosmopolite. Quelques chiffres donnent une idée des bénéfices qui pouvaient être réalisés : cinq cents livres de girofle payées deux ducats aux Moluques, quatorze à Malacca, cinq cents à Calicut valaient 1680 à Londres via Lisbonne Et les cours avaient été divisés par quatre par rapport à ceux pratiqués à Venise. D’où le déclin de cette dernière qui s’effondra à l’arrivée de Bonaparte en 1799 . Les chameliers sans emploi se regroupèrent en hordes de pillards qui sous le nom de Tatars ou de Cosaques menèrent la vie dure aux riverains avant d’être intégrés. Par ailleurs, la politique russe d’expansion vers l’Est, initiée par Ivan IV fut continuée par son fils Fédor, puis ralentie par les troubles qui agitèrent le pays de la mort de celui-ci en 1598 à 1613 , date de l’élection au trône de Michel Romanov, créateur de la dernière dynastie régnante. On estime que de 1610 à 1640 les Russes avancèrent de 4.800 kilomètres de l’Ob au Pacifique et menèrent à bien l’exploration et la conquête, sinon la mise en valeur de la Sibérie. Vladivostock a été fondée en 1643 ; Fermons la parenthèse. Arrêt de l' activité maritime et commerciale à Saint Denis
Saint Denis, aux alentours de 1900, s’adjugeait encore le tiers du trafic total et mon propre Père a connu en permanence dans cette rade 70 à 80 navires de tous tonnages qui dansaient dans la houle Un mât de signaux (kiosque de musique actuel) dominait la darse et l’attention des hommes de quart à bord des navires au mouillage était attirée en cas de changement d’instructions par un coup de canon.
Le cyclone de 1904 a détruit le Pont du Gouvernement et les trois marines de commerce qui fonctionnaient encore :Vally, Ozoux,et Bédier. Leurs propriétaires furent indemnisés mais tenus d’aller s’installer au Port . L’entretien de la darse fut abandonné et en 1912 les alluvions l’avaient totalement comblée. 
Courants Marins  L’Anticyclone permanent du Sud de l’Océan Indien génère un courant marin qui atteint notre île au Sud Est, l’enveloppe et remonte le long des cotes pour aboutir précisément à la Pointe des Galets. Ce courant charrie les alluvions rejetées par nos rivières et les accumule contre tout obstacle en saillie
La création récente du port de Sainte Marie a fait naître un belle plage en face de l’ancienne usine de La Mare. Idem devant le Canal des Patates à Durand. Dans l’Ouest, le prolongement de la jetée du port sud d’une part a créé une immense plage à la hauteur du Port de plaisance, d’autre part à provoqué l’effondrement et la disparition d’un phare de la dimension de celui de Sainte Suzanne. Les réservoirs d’hydrocarbures sont actuellement protégés par des rangées de tétrapodes A Saint Denis la construction de la jetée Milius provoqua le même phénomène et pour que les sables et galets ne débordent le dispositif, des corvées de « condamnés » de droit commun (main d’œuvre pénale qui a disparu) retiraient les matières au fur et à mesure des apports et les amoncelaient à l’emplacement de la piscine actuelle ; On créa ainsi au fil des ans un ouvrage de défense muni de canons qui s’appelait le « cavalier d’artillerie » En 1937, cette butte fut arasée et ses débris servirent à combler la darse abandonnée. Ainsi fut créée la Place Sarda Garriga que vous connaissez, où se tint la Foire Exposition de 1938 , dont la Chapelle , les bassins et les deux « poux du ciel », avions de l’Aeroclub Roland Garros, constituent mes plus anciens souvenirs. Le cyclone de 1948 détruit le pont en fer de 1874
Le Pont du Barachois avait résisté vaillamment aux assauts du cyclone de 1904 et il continua d’assurer son rôle polyvalent de lieu de promenades, 
de poste de pèche à la sardine ou au requin et débarcadère lors du passage des navires de guerre. Le météore de 1948 , utilisant les débris de la jetée Milius comme projectiles, le coupa de sa base et tordit toute la structure. A cette époque les liaisons par le paquebot des Messageries étaient depuis longtemps régulières et la flotte allait être renouvelée (le voyage inaugural du Ferdinand de Lesseps aura lieu en Octobre 1952) et les liaisons aériennes se développaient. On hésita longtemps et , en 1960, on procéda à l’enlèvement des ferrailles tordues et il ne subsista que la plateforme surélevée, pavée de carreaux de ciment en 1938 et que vous pouvez encore utiliser pour admirer le ressac de l’Océan A la même période commençaient les premiers travaux de la route du littoral : on créa donc le Boulevard Gabriel Macé, on construisit le pont routier sur la rivière et on démolit les magasins qui se trouvaient de part et d’autre de la voie ferrée, en face de la rue Lucien Gasparin Ainsi prit fin la vocation maritime de Saint Denis fille des vents, des courants, de son « vent de terre » et de la marine à voiles. 
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